Je n’attendais pas grand-chose de Shadow and Bone. Une adaptation de plus, une fantasy Netflix calibrée, pensais-je. Et pourtant, très vite, la série m’a happée. Pas seulement par son univers, mais par ce qu’elle raconte entre les lignes : le poids du pouvoir, la solitude de celles et ceux qui deviennent des symboles, et cette question centrale, presque douloureuse : qu’est-ce qu’on est prêt à sacrifier pour survivre ?
Shadow and Bone n’est pas une série parfaite, mais c’est une œuvre profondément habitée. Une série qui ose être sombre, politique, parfois inconfortable, et qui traite ses personnages comme des êtres humains avant d’en faire des héros.
💡 L’article en bref
➕ Une fantasy ambitieuse qui dépasse le simple récit d’aventure
➕ Un univers politique et moralement trouble
➕ Des personnages complexes, loin des archétypes
➕ Une réflexion sur le pouvoir, l’identité et le choix
➕ Une série qui grandit et s’assombrit au fil des saisons

Synopsis – Un monde déchiré par l’Ombre
Dans le royaume de Ravka, une vaste étendue de ténèbres appelée la Nappe d’Ombre coupe le pays en deux. Alina Starkov, cartographe ordinaire, découvre qu’elle possède un pouvoir rare et convoité : celui d’invoquer la lumière. Elle pourrait être la clé pour détruire l’Ombre et sauver Ravka.
Mais dans ce monde où la magie est hiérarchisée, militarisée et instrumentalisée, devenir l’Élue signifie aussi perdre sa liberté.
Détail des saisons : une montée progressive vers la noirceur
Saison 1 – La naissance du mythe
La première saison pose les bases : l’univers, les Grisha, les enjeux politiques.
Alina est encore naïve, Mallancré dans son passé, et le Darkling fascine autant qu’il inquiète.
C’est une saison d’apprentissage, parfois inégale, mais essentielle. Elle parle de construction identitaire, de l’entrée brutale dans un monde d’adultes où les choix ont un prix.
Saison 2 – La désillusion et les fractures
La deuxième saison durcit le ton. Les illusions tombent.
Le pouvoir n’est plus une promesse, mais un fardeau. Les alliances deviennent instables, les frontières morales floues.
C’est ici que Shadow and Bone trouve sa vraie voix : une fantasy où il n’y a plus de bons choix, seulement des choix nécessaires.
Analyse approfondie des personnages : le pouvoir comme structure politique
Alina Starkov – Le corps féminin transformé en État
Alina est souvent critiquée pour sa supposée passivité. Pourtant, sa trajectoire est l’une des plus réalistes de la série.
Elle ne cherche pas le pouvoir. Elle le subit.
Son évolution est marquée par la perte progressive de l’innocence. Elle apprend que sauver le monde implique parfois de se perdre soi-même.
Alina incarne une héroïne profondément moderne : imparfaite, contradictoire, tiraillée entre le désir de vivre et celui d’être utile.
Alina n’est pas seulement « l’Élue ». Elle est un corps politisé, instrumentalisé par le pouvoir militaire, religieux et symbolique de Ravka.
Son parcours n’est pas celui d’une ascension, mais d’une confiscation progressive de soi.
À mesure que son pouvoir grandit, son autonomie se réduit. On décide pour elle :
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comment elle doit s’habiller
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comment elle doit apparaître
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ce qu’elle représente pour la nation
Alina incarne une critique très contemporaine : celle des femmes propulsées figures publiques sans consentement réel, sommées d’endosser un rôle salvateur tout en étant privées de leur humanité.
Son évolution est politique avant d’être héroïque : elle apprend que refuser le pouvoir peut être un acte de résistance aussi fort que l’exercer.
Le Darkling – L’autoritarisme né de la peur
Personnage central et fascinant, le Darkling n’est pas un simple antagoniste. Il est le produit d’un monde violent.
Son obsession pour le contrôle vient d’un besoin fondamental : ne plus jamais être vulnérable.
Il croit sincèrement agir pour le bien collectif, ce qui le rend d’autant plus dangereux.
Le Darkling est l’une des figures politiques les plus intéressantes de la série.
Il ne gouverne pas par idéologie, mais par traumatisme historique.
Son projet politique repose sur une logique classique :
protéger les siens, quitte à écraser les autres.
Il incarne une figure d’autoritarisme éclairé, persuadé que la violence est légitime si elle garantit la survie d’un groupe minoritaire.
Ce qui rend le Darkling glaçant, c’est qu’il ne ment jamais totalement. Il dit une vérité partielle — celle qui justifie sa domination.
La série pose ici une question fondamentale :
👉 à partir de quand la protection devient-elle oppression ?
Mal Oretsev – Le refus du pouvoir
Mal est souvent perçu comme fade, mais c’est justement son rôle.
Il représente la normalité, l’ancrage, la vie simple que le pouvoir rend inaccessible.
Son évolution est discrète mais sincère : il apprend à aimer sans posséder, à soutenir sans diriger. Dans une série où le pouvoir est central, Mal est une figure de résistance douce.
Mal est souvent jugé inutile narrativement. En réalité, il est idéologiquement central.
Il représente une posture politique rare dans la fantasy : le refus d’être exceptionnel.
Mal choisit l’attachement, la loyauté, la vie simple.
Dans un monde obsédé par la grandeur, il est une anomalie.
Et c’est précisément pour cela qu’il est marginalisé.
Son arc souligne une vérité brutale : dans les récits de pouvoir, ceux qui refusent de jouer sont toujours sacrifiés.
Les Crows : le cœur battant de la série
Kaz Brekker – Le capitalisme comme stratégie de survie
Kaz est un personnage fondamentalement politique.
Il ne croit ni aux institutions, ni aux symboles, ni aux idéaux. Il croit au système, et sait comment le manipuler.
Son rapport à l’argent, à la dette, au contrôle, est directement lié à son trauma.
Kaz incarne une figure ultra-moderne : celle de l’individu broyé par le système qui décide de devenir plus violent que lui.
Il ne cherche pas le pouvoir symbolique, mais le pouvoir économique.
Et la série est très claire : c’est le plus efficace.
Kaz est l’un des personnages les plus écrits de la série. Son intelligence, sa cruauté apparente et son refus de toute vulnérabilité sont des mécanismes de survie.
Il incarne une vérité rarement montrée : le génie peut naître de la douleur.
Son évolution passe par un lent réapprentissage de la confiance, sans jamais effacer ses blessures.
Inej Ghafa – La spiritualité comme résistance politique
Inej est l’anti-Kaz.
Elle croit encore à quelque chose de plus grand qu’elle-même, mais sans jamais tomber dans l’aveuglement.
Son parcours est une réflexion sur :
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la reconstruction après la violence
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la possibilité de rester morale dans un monde immoral
Inej refuse de devenir un outil, même lorsqu’elle excelle dans la violence.
Elle est une critique vivante de la déshumanisation systémique des corps féminins et racisés.
Inej est la conscience morale du récit.
Son arc parle de reconstruction, de dignité retrouvée, de la capacité à rester humaine dans un monde qui vous a déshumanisée.
Elle refuse d’être définie par ce qu’on lui a fait. Et ce refus est politique.
Jesper Fahey – La marginalité joyeuse comme acte subversif
Jesper est bien plus qu’un comic relief.
Il est une figure de résistance queer et politique, refusant la honte, l’effacement et la normalisation.
Son rapport complexe à la magie reflète une tension centrale de la série :
👉 faut-il dissimuler ce que l’on est pour survivre ?
Jesper choisit la visibilité, malgré le danger. Et ce choix est profondément politique.
Derrière l’humour et l’excès, Jesper cache une peur profonde : celle de ne jamais être à la hauteur.
Son rapport à la magie, à l’identité et à l’acceptation de soi est l’un des plus touchants de la série.
Personnages secondaires trop souvent oubliés (et essentiels)
Genya Safin – Le corps comme outil de domination
Genya est l’un des portraits féminins les plus puissants de la série.
Elle illustre comment le pouvoir exploite les femmes par leur apparence, puis les jette une fois abîmées.
Son arc est une dénonciation directe :
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du contrôle du corps féminin
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de la violence institutionnelle
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de la fausse protection offerte par les élites
Sa transformation physique devient une libération morale.
Zoya Nazyalensky – L’ambition féminine punie
Zoya est la preuve que l’ambition féminine est toujours suspecte.
Elle est compétente, disciplinée, loyale — mais jamais aimée.
Son évolution est lente mais essentielle : elle passe du désir de reconnaissance à une conscience politique plus large.
Zoya n’est pas une antagoniste, elle est une survivante du système.
Nina Zenik & Matthias Helvar – L’idéologie déconstruite
Leur relation est une lecture politique limpide :
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l’endoctrinement
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la peur de l’Autre
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la possibilité (ou non) de désapprendre la haine
Matthias est l’exemple douloureux d’un homme pris entre morale individuelle et violence collective.
La série ne l’absout jamais complètement — et c’est une vraie force.
Nina, Matthias, Genya, Zoya… chacun incarne une facette du monde de Ravka :
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la loyauté mise à l’épreuve
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la honte imposée
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la violence systémique
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le choix entre survie individuelle et bien commun
Ces personnages ne sont jamais accessoires. Ils enrichissent la série et densifient son propos politique.
Analyse thématique : une fantasy profondément politique
Shadow and Bone parle :
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de colonialisme et de frontières artificielles
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de pouvoir institutionnalisé
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de minorités instrumentalisées
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de femmes transformées en symboles malgré elles
La magie n’est jamais neutre. Elle est une ressource, une arme, un outil de domination.
✊ Les femmes du Grishaverse : pouvoir, corps et dissidence dans un monde autoritaire
S’il y a bien un endroit où Shadow and Bone cesse d’être une simple fantasy pour adolescents et devient un récit profondément politique, c’est dans sa manière de mettre en scène les femmes. Pas comme symboles décoratifs, ni comme simples trajectoires d’empowerment faciles, mais comme corps pris dans des systèmes de domination : étatique, militaire, patriarcal, colonial.
Le Grishaverse est un monde où le pouvoir s’exerce sur les femmes avant de s’exercer par elles. Et c’est précisément ce qui le rend fascinant — et profondément contemporain.
🌑 Alina Starkov : une héroïne colonisée avant d’être élue
Alina est souvent perçue comme une héroïne « classique ». Or, c’est une lecture paresseuse.
Alina est une femme racisée, marginale, assignée à une place subalterne dans un empire qui la tolère tant qu’elle reste invisible. Avant même de devenir la Sun Summoner, elle est déjà une figure colonisée : son corps est ignoré, sous-alimenté, épuisé par un système militaire qui l’utilise sans jamais la reconnaître.
Son pouvoir ne la libère pas immédiatement. Il la requalifie.
À partir du moment où Alina devient utile à l’État, son corps cesse de lui appartenir :
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il est surveillé,
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entraîné,
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mis en scène,
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instrumentalisé.
La série est très claire là-dessus : le pouvoir féminin n’est accepté que lorsqu’il sert l’ordre autoritaire. Tant qu’Alina est faible, elle est invisible. Dès qu’elle devient puissante, elle devient un enjeu géopolitique.
Et ce qui est fascinant, c’est qu’Alina résiste mal à cette mise en récit. Elle doute. Elle rechigne. Elle échoue. Elle refuse parfois d’incarner l’icône qu’on attend d’elle. Ce refus — maladroit, incomplet, souvent contradictoire — est profondément féministe.
🔥 Zoya Nazyalensky : la colère comme réponse politique
Zoya est peut-être le personnage féminin le plus radical de la série — et paradoxalement l’un des plus mal compris.
Elle est ambitieuse. Elle est dure. Elle ne cherche pas à être aimée.
Et pour cela, elle est punie narrativement… du moins au début.
Zoya incarne une vérité que la série assume progressivement :
👉 dans un monde autoritaire, la douceur n’est pas une stratégie de survie.
Son arc est celui d’une femme façonnée par l’Empire, puis lentement désillusionnée par lui. Elle a cru à la méritocratie, à l’excellence militaire, à la reconnaissance par l’État. Et elle découvre que même au sommet, une femme reste remplaçable.
Zoya n’est pas une antagoniste féminine classique.
Elle est une produit du système, devenue critique de ce même système.
Son évolution est essentielle car elle montre une autre voie que celle d’Alina : non pas la messianité, mais la lucidité politique.
🕊 Genya Safin : la violence silencieuse du pouvoir patriarcal
Genya est, à mon sens, le personnage le plus politique de Shadow and Bone.
Elle incarne ce que les régimes autoritaires font aux femmes lorsqu’elles ne sont pas guerrières :
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elles deviennent des objets diplomatiques,
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des outils esthétiques,
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des corps offerts au pouvoir.
Genya est littéralement façonnée pour plaire, pour apaiser, pour masquer la brutalité du régime. Sa violence est invisible, institutionnalisée, normalisée.
Et lorsque son corps est brisé, ce n’est pas un accident narratif.
C’est la conséquence logique d’un système qui considère les femmes comme des ressources consommables.
La série ne romantise jamais sa souffrance. Au contraire, elle la politise :
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Genya n’est pas « forte malgré tout »,
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elle est lucide,
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amère,
-
et profondément en colère.
Sa survie n’est pas une victoire individuelle, mais un acte de résistance.
🗡 Nina Zenik : le corps comme frontière idéologique
Nina est une anomalie dans le Grishaverse — et c’est précisément ce qui la rend subversive.
Elle est excessive, sensuelle, politique, indisciplinée.
Son corps n’est pas maîtrisé, ni contenu, ni discipliné par l’État.
En tant que Heartrender, elle manipule la chair — mais surtout, elle refuse que son propre corps soit une arme au service d’un empire. Son rapport au plaisir, à la nourriture, à l’amour est profondément politique dans un monde de contrôle.
Nina est aussi un pont entre les nations, les cultures, les idéologies.
Elle met en crise la logique binaire du conflit : Ravka contre Fjerda, Grisha contre humains.
Et bien sûr, son arc amoureux n’est jamais dépolitisé :
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aimer l’ennemi,
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c’est refuser la propagande,
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c’est contester la logique coloniale de l’altérisation.
🖤 Inej Ghafa : survivre au colonialisme
Inej n’est pas seulement une voleuse agile et silencieuse.
Elle est une survivante du colonialisme économique et sexuel.
Enlevée, exploitée, déplacée, réduite à une fonction — son corps est le premier territoire occupé. Et contrairement à beaucoup de récits fantasy, Shadow and Bone ne transforme pas cette violence en simple backstory.
Inej ne « dépasse » pas son trauma.
Elle vit avec, et c’est précisément ce qui la rend forte.
Sa foi, son rapport à la mémoire, à la justice, au refus de la vengeance aveugle, font d’elle une figure profondément politique : elle ne cherche pas à dominer à son tour, mais à démanteler les structures qui produisent la violence.
⚔️ Femmes et autoritarisme : ce que Shadow and Bone raconte vraiment
Ce que la série montre, avec une cohérence remarquable, c’est que :
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les régimes autoritaires adorent instrumentaliser les femmes,
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mais détestent leur autonomie réelle.
Les femmes du Grishaverse sont :
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utilisées comme symboles,
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comme outils,
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comme monnaies d’échange,
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comme vitrines idéologiques.
Mais aucune d’elles ne se conforme totalement au rôle qu’on leur assigne.
Et c’est là que Shadow and Bone devient une œuvre résolument contemporaine :
👉 elle parle de nos sociétés, de nos États, de nos discours sécuritaires, de nos féminismes récupérés puis neutralisés.
🌍 Empire, frontières et peuples sacrifiés : Shadow and Bone comme fable post-coloniale brutale
Ce que Shadow and Bone raconte, sous ses capes et ses pouvoirs élémentaires, n’a rien d’inoffensif. C’est une série qui parle d’Empire, et surtout de ce que l’Empire fait toujours :
👉 il fabrique des frontières, puis il sacrifie des corps pour les maintenir.
La Ravka est un État obsédé par sa survie, coincé entre deux puissances hostiles, et prêt à tout pour préserver son intégrité territoriale. Ce récit-là, on le connaît : il justifie la militarisation, la surveillance, la hiérarchisation des vies.
La Fold n’est pas seulement une entité surnaturelle.
C’est une frontière coloniale, une zone morte, un no man’s land où :
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les pauvres meurent,
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les soldats sont jetés comme chair à canon,
-
et où l’État peut nier toute responsabilité.
Personne ne traverse la Fold sans y laisser quelque chose. Comme dans toutes les zones frontalières du monde réel, ce sont les plus précaires qui paient le prix du maintien de l’ordre impérial.
🧱 La frontière comme outil de domination
Dans Shadow and Bone, la frontière n’est jamais neutre. Elle est :
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administrée,
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exploitée,
-
utilisée pour produire de la peur.
Elle permet à l’Empire de désigner des ennemis extérieurs, mais aussi intérieurs.
Les Grisha deviennent tour à tour :
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une ressource stratégique,
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une minorité suspecte,
-
une menace potentielle à contrôler.
C’est un mécanisme colonial classique :
👉 créer une catégorie d’exception, puis la gérer par la force, la ségrégation ou l’instrumentalisation.
Les peuples périphériques — Suli, populations de Keramzin, civils non-Grisha — n’ont jamais réellement voix au chapitre. Ils sont déplacés, exploités, silencés. Leur souffrance est nécessaire pour que le centre survive.
Et c’est précisément ce que la série ne romantise pas : l’Empire n’est pas un mal abstrait, c’est une machine bureaucratique, froide, rationnelle, prête à sacrifier les marges pour préserver le cœur.
🩸 Les héros comme produits de la violence impériale
Même les figures héroïques ne sont pas exemptes de cette logique.
Alina n’est pas une libératrice née du peuple : elle est extraite, formée, mise en scène par l’État. Son pouvoir devient une réponse impériale à une crise impériale.
Quant au Darkling, il incarne la vérité la plus dérangeante de la série :
👉 l’Empire ne naît pas du mal, mais de la peur.
Son autoritarisme n’est pas une folie isolée. Il est la conséquence logique d’un monde obsédé par la survie, prêt à justifier :
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la violence préventive,
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le mensonge,
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la propagande,
-
l’effacement des dissidences.
Le Darkling n’est pas une anomalie.
Il est le produit ultime du raisonnement impérial.
🔷 Pour qui ?
Pour celles et ceux qui aiment les fantasy sombres, politiques, centrées sur les personnages plus que sur l’action brute.
Pour les spectateurs qui cherchent une série qui interroge autant qu’elle divertit.
🔷 Pourquoi ça marche ?
Parce que Shadow and Bone ne simplifie rien.
Elle accepte la complexité, les zones grises, et traite ses personnages avec respect.
🔷 Mon avis détaillé
Shadow and Bone est une série imparfaite mais courageuse.
Elle m’a marquée par sa capacité à montrer que le pouvoir isole, que l’héroïsme coûte, et que certaines victoires laissent des cicatrices irréversibles.
C’est une série qui grandit avec son public, qui s’assombrit, qui refuse les réponses faciles. Et c’est précisément pour cela qu’elle mérite qu’on s’y attarde.
Je vais être honnête : Shadow and Bone m’a parfois frustrée.
Tout n’est pas maîtrisé. Certains arcs sont précipités. Certaines tensions politiques auraient mérité plus de silence, plus de lenteur, plus d’inconfort.
Mais malgré ses imperfections, c’est une série que je respecte profondément.
Parce qu’elle ne ment pas sur le pouvoir.
Elle ne raconte pas une révolution propre.
Elle ne promet pas que l’amour, l’héroïsme ou la morale suffisent à abattre un Empire.
Elle montre au contraire à quel point le pouvoir :
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corrompt,
-
récupère,
-
digère même ses oppositions.
Ce que j’ai aimé, c’est que la série ne me dit jamais :
« Voici les gentils, voici les méchants. »
Elle me dit plutôt :
👉 « Voilà ce que le pouvoir fait aux gens, même quand ils pensent bien faire. »
Et dans un paysage de séries fantasy souvent aseptisées, Shadow and Bone ose une chose rare : laisser le malaise s’installer. Ne pas tout résoudre. Ne pas tout excuser. Ne pas tout simplifier.
C’est une œuvre imparfaite, oui — mais politiquement consciente, profondément contemporaine, et bien plus intelligente qu’on ne veut bien le dire.
Je n’y ai pas vu une simple histoire de lumière contre ténèbres.
J’y ai vu une réflexion sur :
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nos frontières,
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nos peurs collectives,
-
nos compromis moraux,
-
et notre fascination dangereuse pour les figures fortes.
Et rien que pour ça, Shadow and Bone mérite mieux que son étiquette de fantasy Netflix « grand public ».
Shadow and Bone n’est pas une série qu’on consomme puis qu’on oublie.
Elle laisse une impression persistante, presque mélancolique.
Elle nous rappelle que sauver le monde n’est jamais un acte pur, et que la lumière, pour exister, a toujours besoin de traverser l’ombre.
Ma note
♥️♥️♥️♥️ (4/5)
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