Je passe la majeure partie de mon temps libre le nez plongé dans l'écriture de mes propres manuscrits. En ce moment même, je consacre d'ailleurs des nuits entières à fignoler le Tome I d'une saga de fantasy adulte sur laquelle je travaille d'arrache-pied. Forcément, quand on passe ses journées à bâtir des univers, à équilibrer des systèmes de magie et à peaufiner un worldbuilding qui se veut cohérent, on devient d'une exigence presque tyrannique envers les fictions que l'on consomme. Je scrute la moindre incohérence scénaristique et je fuis les mythologies paresseuses.
Alors, quand j'ai vu débarquer sur Netflix une production mettant en scène des sœurs d'Église maniant des épées géantes et des fusils à pompe pour exploser des démons, mon premier réflexe a été un lever de sourcils particulièrement dubitatif. Des nonnes guerrières appartenant à un ordre chrétien ancien dont la mission est de combattre les forces du mal sur Terre : sur le papier, absolument tout laissait présager une fiction de série B prête à recevoir une pluie de critiques désastreuses. L'idée même semblait flirter dangereusement avec le nanar décomplexé.
Mais comme je le répète souvent sur ce blog, il faut toujours accorder le bénéfice du doute aux créateurs audacieux. À la barre de ce projet, on retrouve Simon Barry, un showrunner au parcours en dents de scie (à qui l’on doit tout de même l’excellente série Continuum, bien qu'il soit aussi responsable de la très oubliable Ghost Wars). Et quelle claque monumentale ! Si vous arpentez les méandres du web à la recherche d'un Avis série Warrior Nun honnête, laissez-moi vous rassurer immédiatement : c'est la véritable bonne surprise fantastique de la saison. Installez-vous confortablement, prenez un thé chaud, et laissez-moi vous décortiquer pourquoi cette épopée surnaturelle mérite largement que vous y consacriez vos soirées.
💡 L’article en bref
➕ Un univers fantastique totalement assumé qui manie le second degré avec une intelligence redoutable.
➕ Une esthétique visuelle sublime, sublimée par les magnifiques paysages et l'architecture de l'Espagne.
➕ Une héroïne attachante, irrévérencieuse, portée par une dynamique d'équipe rafraîchissante (mention spéciale à Shotgun Mary).
➕ Des chorégraphies de combat millimétrées accompagnées d'une bande-son électro-pop-religieuse surprenante.
➕ Une réflexion de fond inattendue sur la foi aveugle, l'institution religieuse et le conflit entre science et croyance.

📜 Le pitch : Une seconde chance tombée du ciel (ou presque)
La base de l'intrigue est d'une simplicité redoutable, mais il ne vous faudra que quelques minutes pour être totalement happé dans ce tourbillon mystique. Tout commence dans la froideur d'une morgue andalouse. Nous y faisons la rencontre (post-mortem) d'Ava, une jeune femme de 19 ans. Son histoire est d'une grande tristesse : elle a passé les dix dernières années de sa vie totalement tétraplégique à la suite d'un tragique accident de voiture, avant de mourir dans ce qui est présenté comme un suicide.
Mais le repos éternel n'est pas au programme. À la suite d'une embuscade démoniaque dans les couloirs mêmes de l'église attenante à la morgue, des religieuses en armure se retrouvent acculées. Dans l'urgence absolue, un artefact sacré d'une puissance inouïe — un halo lumineux divin appartenant à l'Ordre — est caché... et implanté par erreur directement dans le dos du cadavre d'Ava.
Le miracle se produit. Ava ressuscite, non seulement guérie de sa tétraplégie, mais dotée de capacités surhumaines exceptionnelles. Après une décennie passée prisonnière d'un lit, la jeune fille n'a qu'une seule obsession : profiter de cette deuxième chance inespérée, danser, courir, vivre intensément. Sauf que le halo qu'elle porte désormais incrusté dans sa chair lui confère un destin implacable. Elle est devenue, bien malgré elle, la nouvelle meneuse des Sœurs Guerrières de l’Ordre de l’Épée Cruciforme, la seule force capable de repousser les ténèbres. Le conflit entre son immense désir de liberté et cette responsabilité écrasante forme le cœur battant du récit.
⏳ Une mythologie qui prend de l'ampleur : L'évolution des saisons
La force d'un récit de fantasy réside dans sa capacité à faire grandir ses enjeux sans jamais perdre de vue l'intimité de ses héros. L'architecture de cette œuvre réussit ce pari avec une belle aisance.
La première saison : Le refus de l'appel et l'initiation
Les premiers épisodes jouent brillamment sur la carte de la rébellion. Ava refuse catégoriquement ce rôle de martyre que l'Église veut lui imposer. Cette saison est une quête initiatique d'une grande fraîcheur. On y découvre les coulisses de cet ordre secret, ses rituels, ses entraînements spartiates. La narration prend un malin plaisir à déconstruire le mythe de l'élu. Ava fuit, expérimente, commet des erreurs monumentales. C'est également la saison qui pose les bases géopolitiques de cet univers, où l'on comprend que les démons sont réels, ce qui rend l'existence d'une section d'élite de l'Église totalement logique et rationnelle au sein de cet univers diégétique. La révélation finale vient redistribuer toutes les cartes, prouvant que le scénario tient parfaitement la route dans son genre.
La deuxième saison : L'heure de la guerre sainte
L'évolution est flagrante. Si la première salve d'épisodes servait d'introduction au lore, la suite appuie violemment sur l'accélérateur. Les enjeux ne sont plus seulement personnels, ils deviennent mondiaux, voire cosmiques. L'Ordre est fracturé, les alliances politiques se font et se défont au sein même du Vatican. L'action pure prend une place prépondérante, avec des affrontements d'une échelle bien plus épique. L'univers s'assombrit, la mythologie autour des anges et des démons s'épaissit, et la série prouve qu'elle en a sous le capot pour rivaliser avec de très grosses productions de genre.
👥 Des sœurs d'armes inoubliables : Anatomie des personnages
Une bonne intrigue fantastique n'est rien sans des âmes vibrantes pour la porter. De ce côté-là, le casting offre une dynamique de groupe d'une alchimie rare, qui s'étoffe considérablement au fil du temps.
Ava Silva (Alba Baptista) : L'irrévérence incarnée
L'héroïne est la clé de voûte de cette configuration réussie. Alba Baptista irradie l'écran par son énergie folle. Elle distille des traits d'humour et des réflexions sarcastiques sans jamais tomber dans l'excès de lourdeur, même au cœur de mésaventures rocambolesques. Son évolution est magnifique : de l'adolescente égoïste traumatisée par dix ans de paralysie, elle se métamorphose lentement en une leader empathique, acceptant de porter le poids du monde par amour pour ses nouvelles sœurs. La série repose essentiellement sur sa personnalité attachante et rebelle.
Sœur Mary alias "Shotgun Mary" (Toya Turner) : La force brute au cœur tendre
C'est mon immense coup de cœur de la première saison. Sœur Mary joue un rôle absolument central dans la fraîcheur du show. Avec son fusil à double canon et son refus de porter la cornette traditionnelle, elle incarne le côté faussement bourrin de l'Ordre. Mais sous cette carapace de cuir se cache une femme meurtrie, d'une loyauté indéfectible envers ses sœurs. Ava et Mary développent une alchimie attendrissante, une véritable relation mentor-apprentie qui évite tous les clichés larmoyants du genre.
Sœur Beatrice (Kristina Tonteri-Young) : La grâce létale
Si Beatrice est initialement présentée comme la religieuse stoïque, obéissante et experte en arts martiaux, son armure se fissure progressivement. Elle devient rapidement le pilier émotionnel secret de la série. Son évolution, marquée par la répression de sa propre identité et de ses sentiments profonds pour coller au dogme de l'Église, est traitée avec une immense délicatesse. Et soyons honnêtes : ses scènes de combat sont un régal absolu de fluidité et de précision.
Sœur Lilith (Lorena Andrea) : L'ambition déchue
Lilith est le personnage dont l'arc narratif est le plus imprévisible et fascinant. Héritière d'une longue lignée de porteuses de halo, elle s'est entraînée toute sa vie pour recevoir l'artefact. Se le voir voler par une orpheline irrévérencieuse est une insulte à son existence entière. Elle passe du statut de rivale arrogante à celui d'une entité complexe, traversant des transformations physiques et morales profondes, brouillant constamment les frontières entre la lumière et les ténèbres.
Père Vincent (Tristán Ulloa) et Jillian Salvius (Thekla Reuten)
Les figures d'autorité ne sont pas en reste. Le Père Vincent, ancien criminel tatoué repenti devenu guide spirituel des nonnes, cache des abîmes de mystères sous sa bienveillance apparente. Face à lui, Jillian Salvius incarne la force rationnelle. Cette scientifique milliardaire cherche à ouvrir un portail quantique pour sauver son fils malade. Elle est le contrepoids technologique à la magie divine de l'Ordre, offrant un discours fascinant sur l'orgueil humain.
🎭 Pourquoi ça marche si bien ? L'art du second degré assumé
Je le répète, sur le papier, ce pitch avait un potentiel de ridicule abyssal. Le résultat aurait pu être une catastrophe embarrassante si l’équipe de la série n’avait pas eu le génie d'assumer complètement le côté décalé d’une telle proposition.
Sans vriller pour autant dans la sitcom ou la comédie parodique, la fiction manie le second degré permanent avec une dextérité d'orfèvre. Il y a une véritable jubilation à voir ces anachronismes volontaires. Je décerne d'ailleurs une mention spéciale et une ovation debout à l'incroyable scène d'intronisation d'un nouveau pape... chorégraphiée sur fond de musique pop explosive ! C'est ce pas de côté, cette volonté de ne pas se prendre au sérieux tout en respectant ses propres enjeux dramatiques, qui fait que la sauce prend instantanément.
On s’attend régulièrement à ce que l'intrigue nous désespère par manque de crédibilité ou par excès de futilité. Mais il faut bien admettre que cela n’advient jamais. Mieux encore : on est surpris positivement, épisode après épisode.
L’habileté suprême des créateurs réside dans leur capacité à contourner nos attentes. Quand l’on croit fermement, conditionnés par des années de télévision classique, que le récit va s’enliser dans une énième romance adolescente, celle-ci s’efface totalement en arrière-plan. La fiction préfère largement aller explorer la complexité des relations amicales, la sororité pure et dure, et les dynamiques de mentorat. Certes, quelques séquences ou retournements de situation flirtent avec l'absurde, mais c’est immédiatement dédramatisé par le ton ambiant. On se surprend à en rire, à se prendre au jeu avec un plaisir non dissimulé. Nous sommes littéralement embarqués dans leur délire, et on en redemande.
🎨 Une maîtrise esthétique et auditive fulgurante
Il m'est impossible de publier une critique sur ce blog sans m'attarder sur la direction artistique. La première qualité objective de la série est résolument esthétique.
Si vous aimez les paysages ardents et chargés d'histoire de l’Espagne, vous serez largement servis. En tant qu'amatrice de belles architectures et de décors grandioses, j'ai été éblouie. Les lieux de tournage sont sublimes, véritables cartes postales vivantes. La caméra nous promène avec aisance d'immenses vallées baignées de soleil à de charmants petits villages typiques en extérieur, pour ensuite nous enfermer dans la grandeur solennelle et écrasante des bâtiments religieux et des cathédrales andalouses. La balade est visuellement plaisante, offrant un cachet d'authenticité européen très rare dans les productions américaines de ce genre.
À cette richesse visuelle, il faut impérativement ajouter l'incroyable soin apporté à l'action. Les combats sont d'une limpidité rare, parfaitement dosés et chorégraphiés avec une maîtrise indéniable. On sent l'impact des coups, l'inertie des armes. Et pour couronner le tout, le spectateur est enveloppé par une atmosphère musicale électro-pop-religieuse d'une grande originalité, mêlant des chœurs liturgiques solennels à des basses électroniques nerveuses. C'est audacieux et terriblement efficace.
🧠 Analyse thématique : Quand la science défie le divin
Ne vous y trompez pas : sous ses airs de divertissement pop-corn, l'intrigue est loin d'être sans intérêt, même pour du pur divertissement. C'est l'un des aspects qui m'a le plus captivée en tant qu'autrice. Le scénario nous entraîne dans un maillage complexe entre science et religion.
Au lieu de se contenter d'opposer bêtement ces deux domaines, le récit explore leur relation conflictuelle tout en pointant vers une collaboration potentielle fascinante. Est-ce que la magie sacrée n'est finalement qu'une forme de science quantique que nous ne comprenons pas encore ? Le divin peut-il être mesuré par des machines ?
Sur le fond, l'œuvre creuse essentiellement la notion de croyance aveugle. En fin de première saison, elle tente avec brio de distinguer la véritable foi personnelle de la religion institutionnalisée. Cela aboutit à une forme de petite satire intelligente de l’institution religieuse elle-même : on y dénonce l'hypocrisie des protocoles, la froideur de la hiérarchie cléricale, et l'obsolescence des traditions inamovibles qui écrasent l'individu au profit du dogme. C'est une réflexion plutôt fine, glissée subtilement entre deux scènes de décapitation de démons.
🎯 Pour qui cette relique a-t-elle été forgée ?
Il est de ma responsabilité de vous aiguiller correctement. Si je passe mes nuits à rédiger ces chroniques, c'est pour que vous trouviez la fiction qui correspond exactement à vos envies du moment.
-
Pour les amateurs de fictions urbaines et fantastiques : Si les œuvres mêlant mythes anciens et monde contemporain vous fascinent (à l'image d'un Buffy contre les vampires moderne), vous serez en terrain conquis.
-
Pour celles et ceux qui ont besoin de figures féminines badass : La sororité est au centre de tout. Pas de demoiselles en détresse ici, mais des guerrières complexes et faillibles.
-
Pour les spectateurs en quête de fun décomplexé : Si vous acceptez de mettre votre cynisme au placard et de vous laisser porter par un postulat loufoque, c'est la série parfaite pour décompresser après une longue journée.
À l'inverse, si vous cherchez un drame théologique austère, lent et contemplatif, ou si le mélange des genres (la religion associée à la culture pop) heurte votre sensibilité, cette proposition risque de vous laisser perplexe.
📝 Mon avis détaillé : Le parfait remède contre la morosité
L'heure est venue de poser un verdict final et sans appel. Et puis finalement, la série est plutôt fun ! C'est le cri du cœur qui m'a échappé lors du générique du dernier épisode. Il ne faut certes pas trop la prendre au sérieux, mais l'ambiance est incroyablement sympa, les décors sont carrément magnifiques, et, n'en déplaise aux mauvaises langues, le scénario tient parfaitement la route dans sa catégorie.
Alors oui, il y a des nonnes qui maîtrisent les arts martiaux et manipulent du C4 avec l'aisance d'un commando d'élite. Mais après tout, pourquoi pas ? Dans un monde où il est acté que les démons sont réels, agressifs et physiques, c'est finalement assez logique que l'Église ait dû développer une section d'élite paramilitaire pour les chasser et protéger l'humanité, non ?
Ce n'est peut-être pas la série dramatique primée de la décennie, mais très franchement, elle fait bien mieux que la grande majorité des très grosses productions formatées qui inondent nos écrans. Elle propose un scénario avec une pointe d'intrigue remarquablement bien amenée, elle s'appuie sur de bons acteurs investis à 100%, et elle regorge de petites idées originales. Cette nouvelle création fantastique a réussi à dépasser ses propres limites, imposées par un point de départ qui ne faisait pas forcément saliver. Elle s’avère drôle, visuellement agréable, et terriblement captivante.
✨ Le mot de la fin : Osez franchir les portes du couvent
Refermer le chapitre de cette œuvre m'a laissé un profond sentiment de satisfaction. C'est exactement le genre de surprise télévisuelle qui nous rappelle pourquoi nous aimons tant fouiller les catalogues de streaming : pour y dénicher ces petites pépites d'impertinence qui osent mélanger le sacré et le profane avec une telle énergie.
Si l'on accepte de ne pas trop se prendre la tête sur le pourquoi du comment de chaque détail théologique, c'est une découverte qu'il faut absolument tenter. Laissez-vous séduire par l'insolence d'Ava, par la brutalité protectrice de Mary, et par la beauté écrasante des montagnes andalouses. Si mon décryptage a su attiser votre curiosité, foncez lancer le premier épisode. Et surtout, n'hésitez pas à revenir faire un tour sur mon blog pour partager vos impressions dans les commentaires. Avez-vous été aussi charmés que moi par ce ton décalé ? Avez-vous une Sœur préférée dans l'Ordre ? J'ai hâte de débattre avec vous de ces héroïnes pas comme les autres. Gardez la foi, restez rebelles, et à très vite pour de nouvelles épopées !
Ma note ♥️♥️♥️♥️♥️ (5/5)
Ajouter un commentaire
Commentaires