Le processus de création littéraire est une maîtresse exigeante. Actuellement, je passe l'essentiel de mon temps libre à m'arracher les cheveux sur la structure des 45 chapitres de ma saga de dark fantasy. Bâtir le monde d'Aetheris, peaufiner les rebondissements de Kael et Lyra, et maintenir une atmosphère sombre et oppressante demande une énergie intellectuelle colossale. Alors, quand la fatigue frappe après des heures passées à torturer psychologiquement mes propres personnages, mon cerveau refuse catégoriquement d'ingurgiter des fictions trop pesantes. J'éprouve un besoin viscéral de récréation. Il me faut de l'action, du cynisme, de beaux costumes et un scénario qui roule à cent à l'heure.
C'est exactement dans cet état d'esprit de saturation créative que j'ai cliqué sur la nouvelle grosse production britannique de Netflix. Si vous arpentez les couloirs virtuels de mon blog aujourd'hui en tapant Avis série The gentleman - saison 1sur votre clavier, c'est que vous cherchez vous aussi à savoir si cette déclinaison télévisuelle vaut les heures que vous vous apprêtez à lui consacrer.
Laissez-moi vous le dire d'emblée : préparez votre meilleur thé (ou votre whisky le plus tourbé), car nous sommes face à un pur concentré de flegme britannique et de criminalité décomplexée. Un de mes proches me faisait d'ailleurs remarquer récemment, au moment d’aborder le cas du réalisateur Guy Ritchie, que ce dernier était finalement le "Georges Lautner anglais". Et on ne saurait taper plus juste ! Reconnaissons le savoir-faire de Lautner dans l’art de représenter de manière éminemment sympathique les mauvais garçons — pour ne pas dire les pires psychopathes. Ritchie fait exactement la même chose avec les bas-fonds londoniens. Installez-vous confortablement dans le canapé en cuir du manoir familial, je vous emmène visiter les serres clandestines de l'aristocratie.
💡 L’article en bref
➕ La patte inimitable de Guy Ritchie : une réalisation ultra-soignée, des mouvements de caméra dynamiques et des dialogues ciselés à la perfection.
➕ Un duo d'acteurs magistral : Theo James incarne un aristocrate stoïque et responsable, face à une Kaya Scodelario charismatique, impitoyable et cérébrale. ➕ Une bouffée d'air frais narrative : la fiction refuse la tendance actuelle de la "séance de psy filmée" pour nous offrir une intrigue d'action pure et décomplexée.
➕ Une galerie de seconds rôles savoureux, du frère chaotique (Daniel Ings) aux vétérans mafieux incarnés par Giancarlo Esposito et Ray Winstone.
➕ Un divertissement d'une efficacité redoutable, assumant totalement son statut, malgré quelques grosses ficelles scénaristiques et un léger manque de folie comique.

🌿 Synopsis : Héritage encombrant et mauvaises herbes
L'histoire prend racine dans l'un de ces somptueux domaines de la campagne anglaise dont seuls les Britanniques ont le secret. La famille Horniman, pilier de l'aristocratie, est récemment endeuillée par la perte de son patriarche. Eddie (incarné par le magnétique Theo James), le plus jeune fils et militaire de carrière mobilisé en Turquie, rentre au pays pour assister aux funérailles. À la surprise générale, et surtout à celle de son aîné, c'est lui, le cadet, qui hérite du titre de Duc d'Halstead et de l'intégralité du domaine de 15 000 hectares.
Mais le daron, sous ses airs de noble respectueux, cachait un secret particulièrement lucratif. Il avait pris soin de s'associer avec la redoutable famille de malfaiteurs Glass. Le concept ? Un trafic de cannabis industriel à grande échelle, dont les plantations souterraines géantes s'organisent discrètement sous les terres des aristocrates anglais fauchés, en échange d'une rente annuelle colossale.
Eddie, homme de principes, découvre ce pot aux roses en même temps qu'il fait la connaissance de Susie Glass, la fille du parrain, qui gère le business d'une main de fer pendant que son père est en prison. Comme si la situation n'était pas assez complexe, Eddie doit mettre de l’ordre dans les comptes pour sauver son frère aîné, Freddie. Ce dernier, véritable calamité sur pattes, est en fâcheuse posture avec un gang chrétien de Liverpool extrêmement violent, à qui il doit des millions de livres. Le nouveau Duc va devoir plonger la tête la première dans le crime organisé pour tenter d'en extirper sa famille.
📉 Le détail de la saison 1 : La lente corruption de l'âme noble
Ce qui est fascinant avec le format sériel de cette œuvre (qui, rappelons-le, est vaguement dérivée du film éponyme de 2019), c'est la manière dont elle gère son rythme. L'évolution de cette première saison se découpe de manière assez classique mais d'une redoutable efficacité.
💼 Épisodes 1 à 3 : Le baptême du feu et les dettes
Le début de la saison est explosif. Eddie découvre le monde criminel avec le regard d'un étranger, mais réagit avec les réflexes froids et tactiques d'un soldat de l'ONU. Ces premiers épisodes sont consacrés au nettoyage des bêtises monumentales de Freddie. On y rencontre les fameux gangsters de Liverpool, on y découvre les dessous des paris clandestins, et on assiste à la formation du partenariat forcé entre Eddie et Susie Glass. Chaque épisode possède sa propre petite trame et sa résolution en moins de 45 minutes, à l’ancienne. C'est mécanique, certes, mais tellement jouissif.
🔫 Épisodes 4 à 6 : L'expansion et les compromissions
Une fois la dette initiale réglée, Eddie cherche par tous les moyens à rompre le contrat qui lie sa famille aux Glass. C'est ici que le scénario s'amuse. Pour se libérer, il doit aider Susie à régler des problèmes logistiques toujours plus absurdes : négocier avec des gitans, blanchir de l'argent via des combats de boxe clandestins ou dealer avec des trafiquants de cocaïne colombiens obsédés par les telenovelas. L'évolution est insidieuse : plus Eddie tente de sortir du crime, plus il se révèle incroyablement doué pour le pratiquer. Son aura militaire se transforme en charisme de mafieux.
👑 Épisodes 7 et 8 : La guerre de succession et la révélation
Le ventre mou de la série laisse place à un final haletant. Les masques tombent, les trahisons s'enchaînent. Les grandes figures tutélaires (les milliardaires américains, les autres lords anglais) entrent dans la danse pour s'approprier le business. Le final boucle la boucle avec une ironie mordante : Eddie prend conscience que son titre de noblesse n'est, au fond, qu'un titre de mafieux légalisé par des siècles d'histoire. Il embrasse pleinement son destin.
👥 L'évolution des personnages : Flegme, tailleurs et fusils de chasse
Le cinéma de Guy Ritchie s'est toujours reposé sur des gueules, des personnalités excessives et des dialogues fleuris. Le passage au petit écran permet de donner une belle épaisseur à cette galerie de monstres sympathiques.
🥃 Eddie Horniman (Theo James) : Le Duc de sang-froid
Oubliez le mari insupportable de la saison 2 de The White Lotus. Theo James trouve ici un rôle taillé sur mesure. Il incarne avec une élégance folle une figure masculine que l’on n'a plus vue dans une série depuis une éternité. Eddie est un beau gosse, intelligent, responsable, mû par une certaine moralité (nonobstant le milieu dans lequel il évolue malgré lui). Ce qui le rend fascinant, c'est son calme olympien. Face aux pires psychopathes, il ne cille jamais. Il ne se laisse pas sauver, il prend son destin en main, le flingue au poing. Sa métamorphose, d'aristocrate contraint à parrain assumé, est délicieuse à regarder.
👠 Susie Glass (Kaya Scodelario) : L'impératrice de la weed
C'est mon immense coup de cœur de la série. Le duo qu'elle forme avec Theo James fonctionne à la perfection, basé sur un respect mutuel et une tension électrique. Susie est un personnage féminin incroyablement fort, qui surnage dans un milieu exclusivement masculin et ultra-violent. Et miracle de l'écriture : elle conserve toute sa féminité ! Elle utilise son intelligence redoutable et son réseau, pas ses poings. Elle garde un tailleur haute couture pour décréter la mort de ses rivaux. Elle ne va pas battre cinq gros bras à mains nues en tenue de camionneur, comme c’est la tendance absurde et peu crédible de ces dernières années (coucou la saison 4 de True Detective ou les personnages de Les Anneaux de Pouvoir). Mieux encore : elle ne se jette pas bêtement dans les bras du héros, préservant une dynamique strictement professionnelle (et légèrement toxique) qui fait tout le sel de leurs échanges.
🃏 Freddie Horniman (Daniel Ings) : Le chaos incarné
Le grand frère déchu. C'est lui qui amène le chaos dans l'intrigue. Ingrat, drogué, peureux mais pétri de la fierté mal placée des nobles, il est celui qui fait n'importe quoi et dont il faut systématiquement rattraper les conneries colossales. Daniel Ings cabotine avec génie, même si je dois avouer que son personnage est un peu sous-exploité à mon goût dans le ventre mou de la série.
🐕 Les seconds rôles : Une masterclass de casting
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Geoff Seacombe (Vinnie Jones) : Le fidèle garde-chasse du domaine. C'est toujours un plaisir de retrouver Vinnie Jones chez Ritchie. Ici, il joue un protecteur taciturne, grand amoureux des animaux sauvages, qui manie le fusil avec la même délicatesse qu'il élève des renardeaux orphelins.
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Stanley Johnston (Giancarlo Esposito) : L'inévitable Giancarlo Esposito, désormais abonné à vie aux rôles de narcotrafiquants raffinés. On pourrait taxer Guy Ritchie de paresse absolue sur ce choix de casting, mais il faut admettre que l'acteur excelle dans ce registre d'élégance menaçante.
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Bobby Glass (Ray Winstone) : Le père de Susie, qui gère son empire depuis sa prison dorée avec un flegme terrifiant. Une évidence totale pour ce rôle de parrain londonien monolithique.
🧠 Une analyse complète et personnelle : L'antidote à la psychanalyse télévisuelle
Dans mes précédentes chroniques, j'ai souvent fait remarquer combien Guy Ritchie produisait un curieux effet sur la critique. Il génère souvent une irritation assez démesurée au regard de son statut assumé d’artisan du pur divertissement. S’il y a bien un réalisateur qui ne prend pas ses œuvres au sérieux, c’est bien lui. Il est toujours partant pour truffer ses fictions de gags pas toujours follement classieux, et il donne à ses acteurs une carte blanche totale pour le cabotinage. Pourtant, il essuiera toujours plus de critiques assassines et hautaines qu’un Alfonso Cuarón ou un Rian Johnson. C'est un mystère de la sociologie culturelle.
Et malgré cette absence totale d’ego affiché, il se prend encore des seaux de mépris dans la figure par une certaine presse, même quand il pond une petite production sans prétention comme celle-ci.
J'ai lu, ici et là, des critiques qui se lamentaient du fait qu’on ne savait pas assez de choses sur la vie intime des protagonistes : leurs traumas d'enfance, leurs doutes profonds, leurs faiblesses secrètes, pourquoi ils sont devenus ce qu'ils sont... Et bien, laissez-moi vous dire, en tant qu'autrice, que c’est précisément ce qui est infiniment jouissif dans cette série !
Elle emprunte une voie totalement à contre-courant des productions du moment qui finissent par toutes se ressembler. Aujourd'hui, la grande majorité des drames nous imposent une gigantesque "séance de psy" filmée, usante et redondante, noyée sous le pathos, la quête de pardon et la rédemption larmoyante. Ici, rien de tout cela ! Eddie n'a pas besoin de pleurer sur son passé militaire pendant trois épisodes.
Noyer la narration de détails concernant la psychologie intime des protagonistes est d’autant plus inutile dans une proposition d’action/comédie de ce calibre. Cela permet de faire de la place à ce qui compte vraiment : les rebondissements de l'intrigue et les punchlines. Je ne suis absolument pas contre les œuvres profondes et introspectives — il en faut, j'en écris moi-même, et il y en a de magnifiques —, mais c’est vital d’avoir d’autres propositions. The Gentlemen en est une. Plus frontale, plus brute de décoffrage, certes, mais qui a l'immense mérite d’exister sans nous infliger 40 minutes de scènes de bastons illisibles avec des héros auxquels on ne croit pas (je pense fort à la vacuité du spin-off The Continental). N’attendant strictement rien de cette déclinaison télévisuelle, je reconnais l’incroyable et implacable efficacité de l’ensemble, qui se consomme avec la même avidité qu'un saladier de chips à l’ancienne, saupoudré d'un excitant illicite.
🎯 Pour qui cette invitation à Halstead Manor est-elle valable ?
L'élégance de mon rôle de critique est de vous guider. Cette cuvée de mafieux britanniques ne plaira pas à tous les palais.
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Pour les puristes du style "British Gangster" : Si vous avez usé vos rétines sur Snatch, Arnaques, Crimes et Botanique ou Peaky Blinders, vous êtes en terrain parfaitement conquis.
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Pour ceux qui veulent de l'action chic : Les costumes en tweed, les montres de luxe et les Range Rover rutilants sont magnifiquement mis en valeur par une image très léchée.
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Pour les amateurs de fictions rythmées : Si les lenteurs et la contemplation vous ennuient, le montage dynamique (accélérations, ralentis, effets de style typiques du réalisateur) va vous ravir.
En revanche, si vous êtes réfractaires à la violence très esthétisée, si le cynisme ambiant vous gêne, ou si vous recherchez une fresque historique rigoureuse sur la noblesse anglaise (retournez voir Downton Abbey), fuyez ce domaine.
⚡ Pourquoi ça marche ? La confrontation des classes
Le véritable moteur de l'œuvre repose sur le choc des cultures. Le contraste entre le monde guindé de l'aristocratie anglaise — avec ses manières, son argenterie et son snobisme — et la brutalité viscérale du crime organisé londonien ou des voyageurs nomades crée des étincelles comiques et dramatiques constantes.
Le récit nous explique avec un cynisme jubilatoire que ces deux mondes ne sont, au final, pas si différents. Les Lords anglais d'aujourd'hui descendent de seigneurs de guerre locaux qui se sont approprié des terres par le sang et la violence des siècles plus tôt, exactement comme le font les gangs modernes avec leurs territoires. Cette morale amorale fait que l'on accepte toutes les situations rocambolesques, portées par une direction d'acteurs qui assume le show à 100%.
💭 Mon avis détaillé : Un grand cru qui manque d'une pointe de folie
Au moment de clore le chapitre de cette première incursion sur les terres du Duc d'Halstead, je suis obligée de pondérer mon enthousiasme avec les quelques points faibles qui m'ont sauté aux yeux.
L'air de déjà-vu est indéniable. On peut regretter que le réalisateur se contente de recycler ses propres recettes narratives sans prendre d'immenses risques artistiques. L'intrigue repose parfois sur de très grosses ficelles et des retournements de situation invraisemblables. Heureusement, le charme visuel de la mise en scène aide à faire passer la pilule.
Le principal reproche que je pourrais véritablement adresser à cette saison 1 se trouve dans le dosage de l’humour. J’aurais profondément aimé que l'on rigole un peu plus à gorge déployée. Malgré son élégance folle et toutes ses qualités indéniables, Theo James manque un peu de la fantaisie délirante d'un Matthew McConaughey ou d'un Colin Farrell (tous deux présents dans le film d'origine). L’épisode avec la communauté des gens du voyage s’y prêtait pourtant tellement bien, à l’image du cultissime Snatch, mais il reste étonnamment sage. Le ton est plus clinique, plus froid, ce qui donne beaucoup de classe à l'ensemble, mais nous prive de quelques francs éclats de rire.
🗝️ Le mot de la fin : Un héritage largement assumé
En somme, refermer les portes du domaine Horniman m'a fait le plus grand bien. Ce braquage télévisuel est une réussite insolente qui prouve que l'on peut encore faire du pur divertissement intelligent, stylisé, sans avoir besoin de noyer le spectateur sous des enjeux métaphysiques assommants. Guy Ritchie maîtrise son univers sur le bout des doigts, et le format sériel en huit épisodes permet à sa mythologie de respirer et de s'étendre confortablement.
Si vous aimez les histoires de gros sous, de loyautés brisées, et les règlements de comptes autour d'une tasse de thé Earl Grey, vous tenez là votre prochaine obsession nocturne. C'est le remède parfait contre la mélancolie dominicale.
Si ma chronique a su vous convaincre de franchir les grilles d'Halstead, ou si vous avez déjà dévoré la saison en un week-end, les portes de mon blog vous sont grandes ouvertes. Laissez libre cours à vos impressions dans l'espace commentaires ! Avez-vous été charmés par la poigne de fer de Susie Glass ? Trouvez-vous le personnage de Freddie insupportable ou génial ? Pensez-vous qu'Eddie a définitivement perdu son âme ? J'ai hâte de débattre de ces voyous en costume avec vous. Continuez de chérir vos fictions coupables, et à très vite pour de nouvelles dissections sanglantes et chics !
Ma note ♥️♥️♥️ (3/5)
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