Avis série Better call Saul

Publié le 27 août 2026 à 14:50

Une image en noir et blanc, poisseuse de mélancolie. Un centre commercial blafard à Omaha, dans le Nebraska. Un homme vieillissant, moustachu, le regard terrifié et fuyant, nettoie méthodiquement le comptoir d'une boutique Cinnabon. Il pétrit la pâte, glace des brioches à la cannelle, et rentre le soir s'enfermer chez lui pour regarder, avec une nostalgie déchirante, de vieilles cassettes VHS de ses publicités d'avocat. C'est avec cette introduction glaçante, silencieuse et magistrale que débute le premier épisode de cette série.

En tant que passionnée de fictions télévisuelles, je dois vous faire une confession. Dissipons tout de suite les doutes éventuels : lorsque ce projet a été annoncé, j'étais la première à lever les yeux au ciel. Y avait-il vraiment matière à faire un spin-off de Breaking Bad ? Bien sûr, on s'était tous dit que ça ne serait que du fan-service paresseux, que les créateurs ne cherchaient qu'à surfer de manière mercantile sur l'immense succès de l'œuvre initiale. Cette peur panique de voir ruiné un véritable bijou de la télévision contemporaine, absolument tous les fans l'ont eue.

Explorer le passé de l'exubérant avocat véreux James "Jimmy" McGill avant qu'il ne devienne l'emblématique Saul Goodman semblait être un pari follement couillu. Après tout, il s'agissait d'un personnage d'abord pensé comme secondaire, une caution comique qui ne prenait véritablement d'importance qu'à partir de la deuxième saison de Breaking Bad. Pourtant, si vous naviguez sur mon blog aujourd'hui en cherchant un Avis série Better call Saul pour savoir si vous devez vous lancer dans ce long voyage de soixante-trois épisodes, laissez-moi vous rassurer immédiatement. Nos doutes s'estompent rapidement. Vince Gilligan et Peter Gould ont confectionné une préquelle d'une ambition foudroyante. Préparez vos costumes bariolés et votre sens de l'éthique le plus flexible, je vous emmène décortiquer ce qui restera, pour beaucoup, la plus grande œuvre dramatique de notre décennie.

💡 L’article en bref

➕ Une écriture magistrale et minutieuse, offrant une étude psychologique des personnages bien plus posée et profonde que sa grande sœur.

➕ Des performances d'acteurs exceptionnelles, avec un Bob Odenkirk qui crève l'écran et une Rhea Seehorn inoubliable dans le rôle de Kim Wexler.

➕ Une réalisation artistique vertigineuse, où chaque plan, chaque silence et chaque gestion du rythme forcent le respect absolu.

➕ Un démarrage volontairement lent qui prend le temps de bâtir un univers judiciaire et familial d'une richesse inouïe.

➕ Un pari follement risqué qui s'impose finalement, pour beaucoup de spectateurs, comme une œuvre supérieure à Breaking Bad dans sa cohérence narrative.

⚖️ Synopsis : L'homme derrière le masque de clown

Nous sommes à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, six ans avant que Walter White ne pousse la porte d'un certain cabinet d'avocats. Avant les costumes criards, les colonnes dorées de pacotille et les publicités tapageuses, il y avait Jimmy McGill.

Jimmy est un avocat commis d'office galérien, au compte en banque désespérément vide, qui loge et travaille dans l'arrière-boutique minuscule d'un salon de manucure asiatique. Ancien petit escroc de quartier (surnommé "Slippin' Jimmy"), il tente désespérément de rester dans le droit chemin pour regagner le respect et l'amour de son frère aîné, Chuck McGill, un brillant avocat associé souffrant d'une mystérieuse hypersensibilité électromagnétique.

Dans sa lutte quotidienne pour joindre les deux bouts, Jimmy n'hésite pas à flirter avec la ligne jaune de la légalité. Le scénario nous raconte la longue, douloureuse et inexorable transformation de cet homme misérable mais profondément touchant, qui finira par abandonner ses idéaux pour se construire une nouvelle identité : celle d'un avocat pénaliste sans scrupules, prêt à défendre les pires cartels de la drogue.

📈 Le détail des saisons : La lente cuisson d'une tragédie annoncée

Si le show devait être au départ une comédie d'une demi-heure par épisode, la durée a rapidement changé. Les scénaristes ont compris la mine d'or dramatique qu'ils tenaient entre leurs mains. Le récit s'allonge, prend son temps, et se forge une identité propre, bien distincte de sa série mère.

💼 Saisons 1 et 2 : Les tribunaux, l'espoir et le conflit fraternel

Le démarrage déroute souvent les amateurs d'action immédiate. Ces premières saisons sont un drame judiciaire intime. L'intrigue se concentre sur les efforts pathétiques de Jimmy pour réussir honnêtement. L'enjeu central est sa relation toxique avec son frère Chuck. L'écriture installe l'univers judiciaire avec une précision d'orfèvre. On y découvre également l'évolution en parallèle de Mike Ehrmantraut, ancien flic corrompu devenu gardien de parking, qui glisse lentement vers le monde de la pègre pour subvenir aux besoins de sa belle-fille. Le ton est souvent folichon, absurde, mais laisse poindre une mélancolie tenace.

🎭 Saisons 3 et 4 : La chute des masques et le deuil

La troisième saison marque un tournant magistral avec l'affrontement frontal entre les deux frères McGill. C'est l'apogée d'une guerre psychologique dévastatrice. Les audiences devant le barreau sont filmées avec la tension d'un thriller psychologique. La saison 4, quant à elle, est celle du deuil et de la colère intériorisée. Jimmy est suspendu de ses fonctions d'avocat et commence à vendre des téléphones jetables aux criminels sous le manteau. La frontière entre Jimmy et Saul Goodman s'amincit dangereusement. Du côté de Mike, la construction du fameux laboratoire souterrain de Gustavo Fring débute, nous plongeant au cœur des ténèbres.

💥 Saisons 5 et 6 : L'étau du cartel et l'effondrement moral

Nous atteignons ici des sommets de perfection télévisuelle. Jimmy McGill n'est plus, Saul Goodman est né. La séparation entre le monde "légal" (les tribunaux, les avocats d'affaires) et le monde criminel (le cartel de Juárez) vole en éclats. Les deux univers fusionnent dans un fracas absolu. L'arrivée du terrifiant Lalo Salamanca fait basculer le récit dans une tension suffocante. La dernière saison est un chef-d'œuvre de narration, divisée entre la résolution du conflit avec le cartel, la chute vertigineuse de Jimmy et Kim, et enfin, la conclusion en noir et blanc de la ligne temporelle post-Breaking Bad.

 

👥 Anatomie des personnages : Les architectes de leur propre ruine

Une tragédie grecque ne fonctionne que grâce à la profondeur de ses protagonistes. Sur ce point, le casting livre des prestations qui relèvent de la masterclass absolue.

👔 James "Jimmy" McGill / Saul Goodman (Bob Odenkirk)

Bob Odenkirk s'impose et confirme ses talents dramatiques avec une aisance stupéfiante. Il occupe quasiment toute la place à l'écran, récitant une quantité astronomique de textes sans jamais faiblir. Tantôt pathétique et émouvant, tantôt lâche et brillant, il dévoile toutes les facettes de ce bagouzier de luxe. Jimmy est un anti-héros tragique. Il veut être aimé, il veut faire le bien, mais sa nature d'escroc finit toujours par reprendre le dessus. Contrairement à Walter White qui agit par ego destructeur, Jimmy agit souvent par amour ou par complexe d'infériorité. Odenkirk réussit à nous faire aimer viscéralement un homme dont on connaît pourtant le futur détestable.

👠 Kim Wexler (Rhea Seehorn)

C'est la révélation monumentale de la fiction. Kim est l'amie intime, puis la partenaire de Jimmy. Avocate brillante, droite et travailleuse, elle est la boussole morale du récit. Mais la beauté cruelle du scénario, c'est de montrer comment cette femme intègre développe une addiction secrète et destructrice pour l'adrénaline des arnaques de Jimmy. Rhea Seehorn livre une performance inoubliable, toute en retenue, utilisant ses silences, la crispation de sa mâchoire et ses regards pour exprimer des tempêtes intérieures. Son évolution, de la voix de la raison à la partenaire de crime implacable, est l'un des arcs narratifs les plus fascinants de l'histoire de la télévision.

⚡ Chuck McGill (Michael McKean)

Le frère aîné. Un personnage que l'on adore détester. Souffrant de son trouble psychosomatique, drapé dans des couvertures de survie, Chuck est un homme brillant mais rongé par la jalousie. Il ne supporte pas que le monde préfère son escroc de petit frère à lui, l'avocat irréprochable. La complexité de leur relation fraternelle est le moteur émotionnel des premières saisons. Chuck avait raison sur la dangerosité de Jimmy, mais c'est sa propre cruauté qui a poussé son frère dans l'abîme.

🔫 Les figures de l'ombre (Mike, Gus, Nacho, Lalo)

  • Mike Ehrmantraut (Jonathan Banks) : Le roc. Son visage creusé par les regrets porte toute la douleur du monde. Sa descente dans la criminalité, motivée par le code d'honneur et la famille, offre un contrepoids silencieux à la tchatche incessante de Jimmy.

  • Nacho Varga (Michael Mando) : L'étoile filante du cartel. Pris au piège entre Tuco, Gus Fring et les Salamanca, Nacho est l'âme sacrificielle de la pègre. Son parcours tragique est bouleversant.

  • Lalo Salamanca (Tony Dalton) : L'un des antagonistes les plus terrifiants du petit écran. Souriant, charismatique, cuisinier hors pair, mais capable d'une violence aveugle en un battement de cil. Il apporte une énergie monstrueuse aux dernières saisons.

 

🧠 Une analyse complète et personnelle : L'art du détail

Ce qui différencie profondément cette production de tous les autres spin-offs ratés habituels, c'est que la série existe par elle-même et devient nécessaire. Vince Gilligan et Peter Gould ne se sont pas reposés sur leurs lauriers. Ils ont poussé leur exigence artistique à un niveau rarement atteint.

La réalisation artistique est un personnage à part entière. Chaque plan est composé comme une photographie d'art. Que ce soit le reflet d'un visage dans une flaque d'eau, la symétrie étouffante des bureaux d'un grand cabinet d'avocats, ou la lumière cuivrée et aride du désert du Nouveau-Mexique, l'esthétique narrative force le respect. Les créateurs utilisent le langage visuel pour raconter ce que les personnages refusent de dire.

C'est une fiction qui respecte l'intelligence de son public. Rien ne nous est expliqué par des dialogues lourds. Un objet (un bouchon de tequila, un gobelet de voyage troué, un bout de scotch) peut voyager sur plusieurs saisons et revêtir une charge émotionnelle dévastatrice. La mise en scène, le choix des angles de caméra et la gestion du rythme sont d'une minutie absolue.

Certains pourraient lui reprocher sa lenteur. Mais cette prétendue "lenteur" est en réalité une méticulosité vitale. L'évolution des personnages est plus posée et psychologique que dans l'histoire de Walter White. On assiste à l'érosion lente d'une brique, et non à l'explosion d'une bombe.

 

🎯 Pour qui ce procès télévisuel est-il ouvert ?

Il est de ma responsabilité de vous aiguiller correctement. Le rythme de cette œuvre nécessite un certain état d'esprit.

  • Pour les amoureux des études de personnages : Si vous aimez les histoires où la psychologie, les silences et les dilemmes moraux priment sur les fusillades, c'est le Graal absolu.

  • Pour les cinéphiles exigeants : L'inventivité de la mise en scène, le travail sur la couleur et l'éclairage raviront les yeux les plus critiques.

  • Pour les orphelins de l'univers d'Albuquerque : Évidemment, si vous avez aimé l'ambiance poussiéreuse et tragi-comique de la série originale, les clins d'œil et les connexions narratives vous rendront ivres de bonheur.

En revanche, si vous cherchez un thriller d'action frénétique, rythmé par des rebondissements constants et des explosions à chaque épisode, ce démarrage volontairement lent pourrait vous décourager. Il faut accepter de se laisser porter par le tempo de la narration.

 

⚡ Pourquoi ça marche ? La tragédie de l'inéluctable

Ce qui rend l'expérience si poignante, c'est le poids de la fatalité. C'est le principe même du drame antique : nous connaissons la fin. Nous savons que Jimmy deviendra l'avocat véreux de Saul Goodman, qui blanchit l'argent de la méthamphétamine. Nous savons que Mike finira par travailler pour Gustavo Fring.

Et pourtant, à chaque épisode, on espère l'impossible. On prie pour que Jimmy fasse le bon choix, pour qu'il écoute Kim, pour qu'il se range. La série joue avec notre prescience. Elle construit des relations si belles, des moments de joie si authentiques entre Jimmy et Kim, que l'on sait qu'ils vont être inévitablement broyés par la machine narrative. C'est cette tension entre l'espoir que l'on éprouve pour les protagonistes et la cruelle réalité de leur futur connu qui rend chaque décision insoutenable.

 

💭 Mon avis détaillé : Mieux que l'originale ?

Il est temps de poser le verdict final et de répondre à la question qui enflamme les forums : cette préquelle est-elle supérieure à sa grande sœur ?

J'ai longtemps pesé le pour et le contre. Mais je rejoins la cohorte de spectateurs qui estiment qu'elle surpasse effectivement Breaking Bad dans la profondeur de l'étude psychologique et dans l'élégance de sa narration.

Dès le premier épisode, avec cette scène de négociation dantesque dans le désert face au psychopathe Tuco Salamanca (où Jimmy marchande des jambes cassées avec le bagout d'un marchand de tapis), le ton était donné. On n'en attendait pas moins d'une série basée sur ce tchatcheur de génie ! C'était un vrai délice, et la promesse a été tenue sur six saisons.

Les dialogues sont d'une beauté féroce. Les joutes verbales entre avocats, les plaidoiries absurdes, les punchlines qui fusent... tout est écrit au cordeau. Le personnage de Jimmy incarne l'histoire d'un gars misérable qui n'hésitera pas à frauder et à fabuler, passant de l'autre côté de la loi tout en se cachant lâchement derrière elle. Son but ? Se rendre enfin justice lui-même et arracher de force à la société ce qu'elle lui a toujours refusé.

Mais au-delà de Jimmy, c'est la maestria de l'arc narratif de Kim Wexler et la conclusion d'une poésie noire dans le Nebraska qui m'ont achevée. La gestion de la culpabilité, le prix à payer pour ses actes, tout converge vers un final qui frôle la perfection absolue, là où d'autres fictions s'effondrent souvent sur la ligne d'arrivée.

 

🗝️ La plaidoirie de clôture : Ne raccrochez pas

Refermer ce dossier n'est pas chose aisée. Il y a des œuvres qui marquent une époque, qui redéfinissent les standards de qualité de l'industrie télévisuelle, et celle-ci trône majestueusement au panthéon.

Elle est la preuve éclatante qu'un spin-off n'est pas forcément une manœuvre commerciale cynique. Quand des créateurs talentueux ont une véritable histoire à raconter, ils peuvent transformer le clown de service en la figure tragique la plus fascinante du vingt-et-unième siècle.

Si ma longue chronique a su vous convaincre d'enfiler votre plus beau costume jaune poussin, ou si vous faites déjà partie des convertis qui ont versé une larme lors du tout dernier plan derrière les barreaux, les portes de la section commentaires de ce blog vous sont grand ouvertes ! Avez-vous préféré la transformation de Walter White ou celle de Jimmy McGill ? Pensez-vous que Kim a eu la fin qu'elle méritait ? Lalo Salamanca vous a-t-il empêché de dormir ? N'hésitez pas à venir partager vos propres plaidoiries. C'est un privilège de débattre d'un tel monument avec vous. Continuez de chérir l'art des belles histoires, restez du bon côté de la loi (ou pas), et à très vite pour un nouveau décryptage !

 

Ma note ♥️♥️♥️♥️♥️(5/5)

 

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