Il m'arrive souvent, en arpentant les méandres des catalogues de streaming pour alimenter cet espace d'échanges, de tomber sur des fictions qui me happent dès la première minute. Les productions britanniques et irlandaises ont ce don particulier pour manier l'humour le plus sombre au milieu des drames les plus glaçants. Si vous avez atterri sur ce blog en cherchant un Avis série Bad sisters, c'est que l'idée d'un complot familial meurtrier sur les côtes balayées par le vent de Dublin a piqué votre curiosité morbide.
Adaptée de la série flamande Clan sortie en 2012 (que je n'ai pas encore eu l'occasion de visionner), cette création Apple TV+ avait, sur le papier, absolument tout pour me séduire. Cinq sœurs fusionnelles, un beau-frère monstrueux, une assurance-vie menacée et un humour corrosif. J'ai lancé le premier épisode avec l'espoir d'y trouver un bon divertissement. J'y ai découvert un véritable bijou d'écriture... avant que la machine ne s'enraye violemment quelques années plus tard.
Préparez-vous un thé bien fort (ou un whiskey irlandais, selon l'heure de votre lecture), asseyez-vous confortablement. Nous allons décortiquer ensemble les mensonges, les baignades glaciales et les mauvaises décisions des sœurs Garvey.
💡 L’article en bref
➕ Un méchant d'anthologie : Le personnage de John-Paul est un pervers narcissique effrayant de réalisme, que l'on adore haïr avec une délectation absolue.
➕ Un humour noir savoureux : L'ambiance irlandaise,caustique et cynique, contrebalance parfaitement la noirceur des thèmes abordés.
➕ Une alchimie féminine parfaite :Le clan des sœurs Garvey fonctionne à merveille, porté par des actrices impeccables (Sharon Horgan, Eve Hewson...).
➕ Une première saison magistrale : Un thriller comique brillant, bouclé avec une tension constante et une narration à double temporalité très maligne.
➕ Une saison 2 frustrante : Une suite commandée par pur appât du gain, qui piétine l'évolution des héroïnes et s'éparpille dans des intrigues improbables.

⚰️ Synopsis : Un pacte de sang et beaucoup d'hypocrisie
L'intrigue nous dépose directement à Sandycove, un magnifique quartier côtier de Dublin. La fratrie Garvey est composée de cinq femmes : Eva, Bibi, Ursula, Becka, et Grace. Depuis la mort prématurée de leurs parents, elles se sont fait la promesse de toujours se protéger. Mais cette sororité est mise à l'épreuve par un cancer qui ronge la famille de l'intérieur : John-Paul Williams, le mari de Grace.
Dès les premières scènes, la série pose un postulat clair : John-Paul est bel et bien mort. Son cercueil trône au milieu du salon. Le soulagement des sœurs est palpable, mais la tranquillité est de courte durée. Thomas et Matt Claffin, deux frères à la tête d'une petite agence d'assurance au bord de la faillite, ne peuvent pas se permettre de verser l'énorme prime d'assurance-vie à la veuve. Thomas, désespéré, commence à fouiner, persuadé que le décès de John-Paul n'est pas accidentel.
Le récit navigue alors habilement entre deux flux temporels. Le présent, où l'étau se resserre autour des sœurs à cause de l'enquête des assureurs. Et le passé (marqué par une astuce visuelle maligne à l'écran), où l'on découvre pourquoi et comment ces femmes d'apparence ordinaire se sont engagées dans le projet délirant d'assassiner leur abominable beau-frère. "Laquelle a réussi à le tuer ?" et "Vont-elles se faire prendre ?" deviennent les deux fils rouges d'un jeu du chat et de la souris aussi drôle que tendu.
📉 Le détail des saisons : De l'orfèvrerie irlandaise au naufrage scénaristique
Il est rare qu'une œuvre provoque en moi un tel grand écart émotionnel d'une année sur l'autre. Le traitement des deux salves d'épisodes nécessite une analyse bien séparée.
Saison 1 : L'horlogerie de la comédie noire
Ah, la première saison... Un thriller familial tout simplement parfait. Elle possède tous les ingrédients classiques d’une série british réussie. La tension monte implacablement au fur et à mesure des épisodes. Chaque sœur a une raison viscérale, intime et destructrice de vouloir la mort de John-Paul. Les tentatives de meurtre s'enchaînent avec des conséquences souvent burlesques, créant un décalage permanent entre la gravité de l'acte et l'amateurisme des criminelles. La fin de la saison offre une conclusion brillante, tendue, qui n'appelait absolument aucune suite. C'était un écrin fermé.
Saison 2 : La prolongation forcée et douloureuse
Mais non. Il a fallu qu’Apple TV+ décide de commander une suite. Pourquoi ? L'appât du gain, on ne va pas se mentir. Résultat : une intrigue qui était déjà magnifiquement bouclée se voit rouverte de force, au pied de biche.
Dès les premiers épisodes de cette seconde saison, j'ai abordé le récit avec une circonspection qui s'est vite transformée en exaspération. La série piétine violemment tout ce qui avait fait sa force. Le scénario se disperse de manière chaotique. Certaines pistes narratives sont ouvertes avec grand bruit pour être ensuite totalement négligées ou abandonnées sans explication. La multiplicité des sous-intrigues ne favorise plus du tout la tension, elle la dilue. Pire encore, un coup de théâtre de la dernière partie relance l'intérêt, certes, mais s'appuie sur des retournements de situation largement improbables (des personnages perçus comme des menaces mortelles qui deviennent d'un coup de dociles alliés...). Une déception amère.
👯♀️ L'évolution des personnages : Une sororité à l'épreuve du mal
L'attachement à la série repose quasi intégralement sur la qualité de son casting et la caractérisation de ses protagonistes.
John-Paul Williams (Claes Bang) : L'antagoniste absolu
Il faut rendre à Claes Bang les honneurs qu'il mérite. Son interprétation est l'attraction principale de l'œuvre. Le pervers narcissique (qui devrait plutôt être qualifié de narcissique pervers, la nuance existe en psychologie) est ici un formidable "méchant". L’un des derniers à m'avoir autant marquée était Adrian dans l’excellent (et très sous-estimé) The Invisible Man de Leigh Whannell. John-Paul, surnommé "The Prick" en version originale (c’est-à-dire "la bite", traduit de manière hélas très lénifiante par "le gland" dans les sous-titres français), figurera longtemps au palmarès des personnages de fiction que l’on hait avec la plus grande délectation. Il rend la vie de chacune des sœurs impossible, tout en manifestant une extraordinaire jouissance à faire le mal. Sans lui dans la saison 2, le show perd littéralement son âme.
Le clan Garvey : Eva, Becka et les autres
Le quatuor d'aspirantes meurtrières est porté par des comédiennes formidables. Sharon Horgan (qui est d'ailleurs co-showrunneuse de la série) est fabuleusement convaincante dans le rôle d'Eva, la meneuse du clan, qui a assumé le rôle ingrat de mère de substitution tout en cachant un secret atrocement douloureux. Eve Hewson (Becka) est très juste dans son rôle de benjamine instable qui peine à trouver sa place (bien qu'elle soit ici moins "surnaturelle" que dans l'étrange Mon Amie Adèle). L'alchimie entre les cinq sœurs est indéniable, on croit profondément à leurs liens du sang.
Thomas Claffin (Brian Gleeson) : Le désespoir pathétique
L'abattage de Brian Gleeson est la petite cerise sur ce gâteau délicieux. Il est parfait en macho pas très finaud, déchiré entre sa rage presque animale de sauver son entreprise de la banqueroute et l'amour inconditionnel qu'il porte à sa femme enceinte (Theresa).
Les ajouts irritants de la saison 2
Pour tenter de pallier l'absence du cadavre de John-Paul, les scénaristes ont introduit de nouveaux visages. On retiendra l'insupportable "grenouille de bénitier" incarnée par l'excellente Fiona Shaw (inoubliable dans Harry Potter et bluffante dans la dernière saison de True Detective), sur qui l'on parie rapidement pour endosser le rôle de grande méchante.
Le véritable clou du spectacle raté reste cependant l'intégration de la détective Una Houlihan. Insupportable dans l'histoire, elle l'est tout autant par son jeu d'actrice, formant avec son collègue un duo de flics tellement ennuyeux qu’on frôle le coma télévisuel.
🧠 Analyse complète : Le patriarcat, la religion et l'auto-sabotage
En préparant cet article pour le blog, j'ai ressenti le besoin d'analyser plus en profondeur les thèmes abordés par les scénaristes derrière le vernis de la pure comédie noire.
La série, particulièrement dans sa première année, brosse un portrait terrifiant de l'emprise psychologique. Elle décortique la manière dont un prédateur isole sa proie de sa famille, détruit son estime de soi, et utilise le chantage émotionnel avec le sourire. Le spectateur est poussé à prendre totalement parti pour les meurtrières. C'est une catharsis libératrice.
L'œuvre se sert également de la société irlandaise comme d'un personnage à part entière. On y explore l'influence toujours réactionnaire d'un certain catholicisme, mais aussi la négligence effarante avec laquelle les femmes sont parfois traitées par les institutions.
Cependant, il est possible d'identifier quelques scories dans ce récit. Je regrette profondément le traitement en surface de certains personnages secondaires de la première saison, qui étaient pourtant très réussis. Gabriel, le collègue français d'Eva ; Roger, le voisin doux et manipulé par John-Paul ; ou encore Theresa. Ils sont trop vite abandonnés quand ils ne servent plus le récit principal.
Mais le vrai drame psychologique de l'œuvre se situe dans l'évolution des sœurs lors de la reprise de la série. Malgré les leçons apprises dans la douleur de la saison 1, elles se remettent immédiatement à leurs vieilles habitudes de secrets, de cachotteries et de magouilles. On assiste à une répétition absurde des mêmes erreurs : mensonges aux proches, soumissions face aux chantages les plus éhontés, et auto-sabotage à gogo. Cela les rend, ne mâchons pas nos mots, complètement stupides à l'écran.
🎯 Pour qui cette série est-elle taillée ?
Je me fais toujours un devoir de bien orienter mon audience. Cette fiction plaira indéniablement à un certain profil de spectateurs.
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Pour les amateurs d'humour noir et grinçant : Si le cynisme britannique de Fleabag ou l'ambiance des films des frères Coen (où les plans criminels tournent systématiquement mal) vous séduisent, vous serez en terrain connu.
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Pour les victimes de relations toxiques en quête de catharsis : Le traitement de la perversion narcissique est si précis qu'il résonnera fortement, tout en offrant une vengeance fictive très satisfaisante.
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Pour les amoureux de l'Irlande : Les paysages rocailleux, les baignades impressionnantes dans la mer glaciale de Sandycove et l'accent prononcé apportent une vraie fraîcheur visuelle et auditive.
En revanche, si vous cherchez un polar très sérieux, purement factuel, ou que l'idée de voir des meurtrières s'en tirer grâce à un scénario parfois rocambolesque heurte votre boussole morale, passez votre chemin.
⚡ Pourquoi ça marche (ou ça marchait) ?
La réussite initiale repose sur un équilibre instable mais maîtrisé à la perfection entre trois pôles narratifs distincts. D'abord, le drame pur : les souffrances réelles et psychologiques infligées par le beau-frère prennent aux tripes. Ensuite, la comédie de situation : les réunions secrètes des sœurs et les conséquences burlesques de leurs sabotages font hurler de rire. Enfin, le thriller haletant : le piège de l'enquête des deux assureurs qui se referme centimètre par centimètre sur les coupables maintient un suspense vital. C'est cette oscillation permanente qui empêchait la première saison de s'essouffler.
💭 Mon avis détaillé : Le naufrage évitable d'une grande série
Il est temps de poser le verdict final et de clôturer ce dossier. Rédiger cet Avis série Bad sisters a ravivé en moi une immense colère de spectatrice.
J'ai adoré la première saison de manière inconditionnelle. C'était un huis clos familial tendu, drôle, qui explorait les limites de la morale avec brio. Mais cette saison 2 a été une véritable épreuve. Mon attachement aux personnages ? Disparu en deux épisodes.
Sans l'ombre planante de John-Paul, la série est devenue atrocement "ordinaire". Elle reste divertissante, certes, si l'on souhaite débrancher son cerveau ou observer les comportements toxiques qui nous entourent dans la vraie vie. Mais les scénaristes nous balancent des figures irritantes qui s'acharnent sur des sœurs que nous avions appris à aimer, le tout dans une intrigue recousue de fil blanc. L'intelligence d'Eva s'est évaporée, la prudence de Bibi a disparu. C'est le syndrome parfait de la saison de trop, celle qui gâche le souvenir d'une œuvre originale brillante.
🗝️ Faut-il rejoindre le clan Garvey ?
En refermant le lourd dossier de la famille Garvey, je ne peux que vous donner un conseil de puriste : regardez la première saison comme une mini-série autonome. Arrêtez-vous après le générique du dernier épisode. Considérez que l'histoire est finie. Vous en ressortirez avec l'immense satisfaction d'avoir visionné un thriller comique de très haute volée.
Laissez la suite aux plateformes avides de contenus rallongés et épargnez-vous la vue de ces formidables héroïnes s'enlisant dans des décisions insensées.
Si ma chronique a éveillé votre curiosité criminelle, ou si vous avez, vous aussi, été scandalisés par la direction prise par les scénaristes lors du retour de la série, la section des commentaires n'attend que votre plaidoirie ! Quel a été votre moment préféré de "The Prick" ? Avez-vous réussi à trouver de l'intérêt à l'enquête de Una Houlihan ? Venez débattre, râler et partager vos ressentis avec moi. D'ici notre prochaine enquête, prenez grand soin de vous, fuyez les relations toxiques, et à très bientôt pour un nouveau décryptage !
Ma note ♥️♥️♥️🤍🤍 (3.5/5) - (Une moyenne entre le chef-d'œuvre de la première heure et l'immense déception de la seconde).
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