Once Upon a Time fait partie de ces séries qui accompagnent une époque précise de nos vies. Je me souviens très bien de la découverte de Storybrooke, de cette petite ville figée hors du temps, et de cette promesse un peu folle : et si les contes de fées existaient vraiment, mais qu’ils avaient été brisés par la réalité ? Derrière son vernis fantastique et parfois naïf, la série propose une réflexion étonnamment riche sur l’identité, le libre arbitre, la famille et la réécriture de nos propres histoires.
En tant qu’autrice et passionnée de séries, j’ai toujours aimé revenir sur Once Upon a Time, parce qu’elle dit beaucoup de notre rapport collectif aux mythes, à l’enfance, mais aussi à la maturité émotionnelle. Cette critique culturelle propose une analyse complète de la série, de ses saisons, de ses personnages principaux et secondaires, et de ce qu’elle raconte, au fond, de nous.
💡 L’article en bref
➕ Une relecture ambitieuse et populaire des contes de fées
➕ Des personnages féminins forts et évolutifs
➕ Une série générationnelle sur l’identité et la transmission
➕ Un univers foisonnant entre magie et réalité
➕ Une œuvre imparfaite mais profondément marquante

Synopsis
Once Upon a Time suit Emma Swan, une femme indépendante et sceptique, qui débarque à Storybrooke, une ville où les personnages de contes de fées ont été exilés par une malédiction lancée par la Méchante Reine. Privés de leurs souvenirs, ils vivent des existences ordinaires, sans savoir qui ils sont réellement. Emma est la clé pour briser la malédiction et redonner à chacun son histoire.
📺 Le détail des saisons
Saison 1 : la promesse du conte brisé
La première saison est souvent considérée comme la plus solide émotionnellement. Elle repose sur une mécanique simple mais efficace : confronter les versions idéalisées des contes à des existences ternes et frustrées à Storybrooke. Emma Swan, sceptique et blessée par son passé, devient progressivement le point d’ancrage du spectateur. Regina, antagoniste centrale, impose une tension constante. Cette saison parle avant tout de croyance : croire aux histoires, croire aux autres, croire en soi.
Saison 2 : le monde s’ouvre et se complexifie
Avec la levée partielle de la malédiction, la série élargit son univers. Les personnages commencent à se souvenir, ce qui entraîne culpabilité, regrets et conflits moraux. La frontière entre héros et méchants devient plus floue. Rumplestiltskin gagne en épaisseur dramatique, tandis que la maternité de Regina devient un moteur narratif majeur.
Saison 3 : Neverland et l’ombre du passé
La saison 3 marque un tournant plus sombre. Neverland agit comme un espace symbolique : celui de l’enfance, du refus de grandir et des traumatismes non résolus. Les arcs autour de Pan, d’Henry et de la parentalité renforcent la dimension générationnelle de la série. La seconde partie, à Storybrooke, interroge le poids du passé et la possibilité de recommencer.
Saison 4 : la série-monde
Avec l’arrivée de La Reine des Neiges, Once Upon a Time assume pleinement sa dimension de crossover mythologique. Cette saison parle de sororité, de contrôle émotionnel et de peur de blesser ceux que l’on aime. Elle illustre aussi les limites du concept, parfois trop chargé, mais reste riche thématiquement.
Saison 5 : le prix du pouvoir
La saison 5 explore la corruption morale à travers la figure du Dark One. Emma confrontée à l’ombre en elle-même offre une lecture intéressante du pouvoir et du sacrifice. C’est une saison plus inégale, mais qui ose questionner l’héroïsme traditionnel.
Saison 6 : héritage et clôture émotionnelle
Pensée comme une conclusion, cette saison revient aux thèmes fondateurs : la croyance, l’amour, la famille choisie. Elle insiste sur l’idée que les histoires évoluent avec ceux qui les racontent. La série retrouve une certaine simplicité émotionnelle.
Saison 7 : renaissance et répétition
Ce soft reboot divise. En se concentrant sur une nouvelle génération, la série parle de cycles narratifs, de répétition des schémas et de la difficulté à se réinventer. Si tout ne fonctionne pas, la démarche reste cohérente avec le propos global de la série.
👑 Personnages principaux
Emma Swan
Emma incarne le passage de la défiance à la croyance consciente. Saison après saison, elle apprend que la force ne réside pas dans l’isolement, mais dans l’acceptation de l’aide et de l’amour. Son arc est profondément générationnel : celui d’une femme qui choisit de croire sans naïveté.
Regina Mills
Regina est le cœur émotionnel et moral de Once Upon a Time. Son évolution, de tyran à mère puis à femme cherchant la rédemption, est l’une des plus abouties de la série. Elle questionne la responsabilité, le pardon et la possibilité réelle de changer.
Snow White / Mary Margaret
Souvent sous-estimée, Blanche-Neige incarne une foi active, presque politique, dans la bonté. Sa trajectoire parle de leadership doux et de persévérance morale dans un monde cynique.
David Nolan / Prince Charming
David représente l’idéalisme confronté à la réalité. Son évolution passe par la remise en question de l’héroïsme classique et par l’apprentissage de la vulnérabilité.
Rumplestiltskin / Mr Gold
Figure tragique, Rumple est obsédé par le contrôle et la peur de perdre l’amour. Son arc, parfois répétitif, reste l’un des plus sombres et fascinants de la série.
Henry Mills
Henry est le lien entre les mondes. Enfant croyant devenu adolescent lucide, il symbolise la transmission des histoires et la nécessité de les adapter pour survivre.
🎭 Personnages secondaires
Hook (Killian Jones)
Hook est l’exemple d’une masculinité en reconstruction. De pirate vengeur à partenaire émotionnellement impliqué, son évolution repose sur la reconnaissance de ses fautes et la capacité à aimer sans posséder.
Belle
Belle est souvent enfermée dans une position de victime, mais son arc explore la difficulté d’aimer quelqu’un de toxique sans se perdre soi-même. Elle incarne une lucidité douloureuse.
Zelena
Zelena, la Méchante Sorcière de l’Ouest, représente la jalousie et le ressentiment liés à l’abandon. Son parcours interroge la sororité, la rivalité féminine et la possibilité de réparation.
Robin des Bois
Robin apporte une vision morale alternative, centrée sur la justice sociale et la loyauté. Son destin tragique souligne la cruauté des récits et la fragilité des fins heureuses.
Cora
Mère de Regina et Zelena, Cora incarne la transmission des traumatismes. Elle est l’exemple parfait de la manière dont les blessures non résolues se perpétuent.
Les personnages secondaires, loin d’être de simples figures d’arrière-plan, participent pleinement à la richesse émotionnelle et thématique de la série.
🔍 Analyse culturelle et générationnelle
Once Upon a Time parle à une génération qui a grandi avec les contes classiques, mais qui vit dans un monde désenchanté. La série interroge notre besoin de croire aux fins heureuses, tout en reconnaissant la complexité du réel.
Elle aborde aussi la transmission intergénérationnelle : ce que l’on hérite, ce que l’on répète, et ce que l’on choisit de transformer. C’est une série profondément ancrée dans les questionnements contemporains sur l’identité.
Once Upon a Time est avant tout une série profondément féminine, au sens politique du terme. Elle place des femmes au centre du récit, non pas comme symboles idéalisés, mais comme figures contradictoires, blessées, ambitieuses et imparfaites.
Emma Swan incarne une héroïne post-conte de fées. Elle refuse d’abord les récits imposés, se méfie des destins écrits et des rôles genrés. Sa trajectoire parle d’une génération de femmes qui doivent apprendre à croire sans se soumettre, à aimer sans disparaître.
Regina Mills est l’angle féministe le plus puissant de la série. Elle incarne la colère féminine, la jalousie, le désir de pouvoir et la difficulté d’être aimée sans conditions. Sa rivalité avec Blanche-Neige n’est pas une simple opposition manichéenne, mais le reflet d’une mise en concurrence des femmes, nourrie par le patriarcat et la transmission maternelle toxique.
La maternité est également centrale. La série interroge ce que signifie être une “bonne mère” : biologique, adoptive, absente ou abusive. Regina, Emma, Snow et Zelena offrent des visions contrastées de la maternité, loin de toute idéalisation.
Once Upon a Time montre que les femmes peuvent être héroïnes, vilaines, mères, amantes et leaders, sans jamais se réduire à une seule identité.
📚 Once Upon a Time et les relectures mythologiques contemporaines
Once Upon a Time s’inscrit dans une vague plus large de relectures des mythes et des contes à la télévision.
Grimm adopte une approche plus procédurale et sombre, où les contes deviennent des enquêtes. Là où Grimm observe les mythes comme des anomalies à résoudre, Once Upon a Time les traite comme des traumatismes à guérir.
Cursed propose une lecture explicitement féministe et politique du mythe arthurien. Once Upon a Time, plus grand public, partage néanmoins cette volonté de redonner une voix aux figures féminines marginalisées.
The Witcher, de son côté, explore le destin et le pouvoir à travers une fantasy plus brutale et cynique. Là où The Witcher insiste sur l’inéluctabilité, Once Upon a Time défend l’idée que les histoires peuvent être réécrites.
Game of Thrones déconstruit le mythe du héros par la violence et le chaos. Once Upon a Time choisit une autre voie : celle de la rédemption et de la possibilité de changement, même pour les personnages les plus sombres.
La série s’inscrit dans une tendance culturelle de réappropriation des mythes. Elle humanise les figures légendaires, leur offre des failles, des contradictions et une modernité émotionnelle qui les rend accessibles.
🔷 Pour qui ?
Pour les amateurs de séries fantastiques, mais aussi pour celles et ceux qui aiment les récits sur l’identité, la famille et le choix de devenir soi-même.
🔷 Pourquoi ça marche ?
Parce que la série joue sur la nostalgie tout en la déconstruisant. Elle parle à l’enfant et à l’adulte, sans jamais totalement choisir entre les deux.
🔷 Mon avis détaillé
Once Upon a Time est une série profondément imparfaite, parfois maladroite, mais sincère. Elle a osé raconter des histoires complexes dans un format grand public. Son ambition émotionnelle et narrative reste rare.
Once Upon a Time est une série que l’on peut facilement critiquer pour ses incohérences, ses facilités scénaristiques et son esthétique parfois datée. Et pourtant, je continue de la défendre.
Parce qu’elle a osé faire ce que peu de séries grand public ont tenté : placer des femmes complexes au centre d’un récit mythologique, parler de colère féminine sans la punir systématiquement, et affirmer que la rédemption n’est pas réservée aux personnages masculins.
Oui, la série s’égare. Oui, certaines intrigues s’étirent inutilement. Mais son ambition émotionnelle, son regard sur la maternité, la rivalité féminine et la reconstruction personnelle dépassent largement ses défauts.
Once Upon a Time n’est pas une série parfaite. C’est une série courageuse. Et à mes yeux, cela compte davantage.
Revoir Once Upon a Time aujourd’hui, c’est mesurer à quel point elle a marqué la télévision des années 2010. Elle nous rappelle que les histoires que nous racontons façonnent notre manière de vivre et d’aimer. Malgré ses défauts, elle conserve une place à part dans le paysage sériel.
Once Upon a Time est une série qui divise, et c’est précisément pour cela qu’elle mérite d’être analysée. Elle ne cherche pas la perfection, mais la sincérité émotionnelle.
Elle parle de femmes qui refusent d’être réduites à des archétypes, de mères imparfaites, de filles en colère et de la difficulté de briser les cycles hérités. Elle rappelle que les histoires ne sont jamais figées et que nous avons le pouvoir de les réécrire.
Malgré ses maladresses, Once Upon a Time reste une œuvre profondément marquante, parce qu’elle a cru au pouvoir des récits et à la possibilité de changer. Et dans un paysage sériel souvent cynique, c’est presque un acte de résistance.
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